La contemplation
- Passage d'un monde à un autre monde : lorsque Dieu « visite » un homme et lui accorde le don de la contemplation, Il le fait passer d'un monde à un autre monde, du monde limité qui est le sien et qui n'est en rien mauvais mais qui est passager et transitoire, au monde de Dieu, celui de l'éternité. L'homme qui entre en contemplation ne « voit » rien mais il expérimente Dieu comme Vérité et éternité. Entrant dans le monde de Dieu, il expérimente la paix qui surpasse toute paix et ne dépend d'aucun événement extérieur.
- Expérience d'unité :
Unité avec Dieu : l'homme est uni à Dieu, saisi par Lui, polarisé sur Lui, tout son être, toutes ses facultés reposent en Lui.
Unité en lui-même. Son corps est léger, le psychisme et le mental sont silencieux. Il ne ressent plus aucune tension en lui , plus aucun conflit intérieur d'ordre psychique. Bien entendu, cet état est transitoire et il retrouvera par la suite la « lourdeur » de son corps, les conflits ou inquiétudes intérieurs mais après cette expérience, il ne pourra plus les vivre de la même façon. L'expérience de la contemplation ne supprime pas les difficultés, elle donne de les vivre autrement. Étant entré dans le monde de Dieu, dans l'unité, dans la paix, il reste marqué par cette expérience qu'il ne peut oublier et à laquelle il peut revenir par le souvenir pour prendre de la distance par rapport à un vécu qui peut être parfois difficile. Cette expérience est comme toute expérience inscrite dans la mémoire de son corps et de son psychisme.
Unité avec le monde :
- L'homme dans la contemplation perçoit les hommes comme « un » en Dieu, au-delà de toutes les divisions qui les agitent et les déchirent. Il est saisi dans cette unité et il comprend d'expérience l'image employée par Paul pour désigner l'unité de l'Église à laquelle tous les hommes sont appelés : le corps du Christ. Cette image dit l'unité et la diversité de tous les hommes dans le Christ.
- L'homme dans la contemplation perçoit l'unité du cosmos contenu en Dieu et il se « voit » pris dans cette unité, il fait partie de ce cosmos de qui il a reçu sa substance corporelle. Il voit le monde entier rassemblé en Dieu. Cette expérience est exprimée par Grégoire le Grand dans la Vie de Benoît.
- Expérience de la beauté intérieure : dans la contemplation, il peut arriver que Dieu donne à l'homme de découvrir sa beauté intérieure, la beauté de son être d'éternité. L'homme fait à ce moment une expérience de lumière, il connaît la vérité de son être : la beauté qui est en lui, lui vient de Dieu, elle est l'image de Dieu en lui, elle est plus vraie que le péché. Le péché passera et quittera l'homme car il est «accidentel » mais la beauté de l'homme, image de Dieu est éternelle et absolument rien ne peut l'effacer. Il existe en tout homme un lieu « intact ». C'est le lieu où le péché et le mal n'ont aucun accès.
- Expérience du Royaume de Dieu : L'homme découvre, goûte les valeurs du Royaume, il communie déjà à la Vie qui sera la sienne pour l'éternité et qui peut déjà être la sienne aujourd'hui dans la foi. Ayant reçu ce don, il voit toutes choses de façon différente. Ses valeurs sont transformées. Il abandonne les valeurs de la société : santé, beauté, richesse, avoir, pour les valeurs du Royaume : amour, gratuité, louange, adoration, connaissance de la beauté de chaque homme. Non qu'il rejette ces valeurs de la société comme étant mauvaises mais désormais, il les relativise, il ne leur accorde plus une valeur absolue. Il sait que ces valeurs sont transitoires.
- Expérience du péché : La contemplation peut être un temps où l'Esprit-Saint découvre à l'homme son péché. Cette expérience ne s'oppose pas à la précédente, elle est tout aussi libérante. L'homme connaît dans l'Esprit-Saint ce qui en lui est résistance à Dieu, il voit ce que de lui-même il ne pouvait pas voir. Cette expérience de vérité n'écrase pas l'homme, au contraire, elle engendre en lui un regret profond et la compréhension de l'essence du péché qui n'est pas infraction à une Loi mais blessure de la relation entre l'homme et Dieu. Cette expérience intérieure du péché s'accompagne de l'expérience de la sainteté de Dieu qui ne connaît aucun mal, qui est pure lumière. Elle est expérience du jugement et libération intérieure car « la vérité vous rendra libres » (Jn. 8, 32). Loin d'enfermer l'homme dans son péché, cette expérience remet l'homme dans l'amitié avec Dieu.
Ces expériences ne sont pas d'ordre « sensible » et « affectif » même si elles rejaillissent sur la sensibilité. Elles sont d'ordre « spirituel ». L'Esprit de Dieu parle à notre esprit (Rm. 8, 15). Elles n'ont rien à voir avec une « illumination » devant un texte quand tout à coup il nous est donné de faire un rapprochement scripturaire ou de comprendre un passage qui nous était jusque là obscur. Ces expériences sont pur don de Dieu, rencontre avec Dieu au plus vrai de notre être, entrée par la foi dans la vie éternelle.
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