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Christ-roi
Voici notre proposition de réponse, mais attention ! Il ne s'agit pas de « bonnes réponses », comme dans un jeu télévisé ou le pages jeux des journaux, il s'agit seulement d'une proposition de lecture, en sachant que l'Ecriture est toujours assez riche pour en avoir plusieurs.
L'or, l'encens, la myrrhe
Un « geste crochet » :
offrir des présents ou présenter des offrandes :
« les gens de Saba viendront, apportant l'or et l'encens...les rois de Tarsis et des îles apporteront des présents, les rois de Saba et de Seba feront leur offrande...Ils ouvrirent leurs coffrets et lui offrirent leurs présents : de l'or, de l'encens, de la myrrhe. » Des cadeaux, nous en offrons et nous en recevons, surtout à Noël, et nous devrions savoir ce que cela signifie (du moins quand ce n'est pas un simple geste de convention sociale ou un subtil moyen de pression) ; quand c'est un geste vrai, cela veut dire : « Tu es important pour moi, tu es plus important que mon argent, que mes biens, que moi-même. »
La dernière phrase du passage d'Isaïe et le Psaume nous donnent le sens : « proclamant les louanges du Seigneur ». Car ces rois apportent leurs présents à Jérusalem, c'est-à-dire au Temple, donc à Dieu. Leur geste est un geste de soumission, ou plutôt de conversion au Dieu d'Israël. D'où aussi leur attitude : « Tous les rois se prosterneront devant lui », il s'agit d'un acte religieux plus que « politique ». De même c'est ainsi qu'il faut comprendre le verset : « tous les pays le serviront » : servir, dans la Bible, c'est d'abord rendre un culte, comme les Hébreux quittent l'Égypte pour « servir » le Seigneur, lui rendre un culte dans le désert. Ces présents sont des offrandes liturgiques en quelque sorte. Or voici que les Mages se prosternent eux aussi, et offrent leurs offrandes à un petit enfant dans les bras de sa mère ; ils sont partis à la recherche du Roi Messie, mais le rapprochement avec les deux autres textes nous fait comprendre qu'ils accomplissent, en fait, une sorte de liturgie qui manifeste leur foi, en présence de l'Enfant-Dieu.
Des mages ou des rois ?
Des Mages, des magiciens, des astrologues. Comment sont-ils devenus des rois ? Il y a une raison historique, liée probablement aux fêtes païennes qui se célébraient en début d'année, avec tirage au sort du « roi » de la fête, qui survivent dans la fève de nos galettes. Mais ce n'est pas notre sujet. Il est évident que le rapprochement liturgique avec Isaïe 60 et le Psaume 71 permet de donner à cette transformation royale un sens plus profond. Si les trois rois... au fait, sont-ils vraiment trois ? Qui l'a dit ? Personne, l'Évangile dit « des mages », plusieurs, c'est-à-dire au moins trois, c'est un chiffre symbolique, on l'a retenu. Donc, si ces Rois Mages se prosternent devant l'Enfant Jésus, cela montre la domination de celui-ci sur tous les peuples, sur tous les puissants, préfiguration de son Royaume à la fin des temps. Mais le Psaume 71 permet de préciser ce qu'est cette domination : celle d'un roi pacifique, d'un roi sauveur, qui a « souci du faible et du pauvre, du pauvre dont il sauve la vie. ». C'est aussi ce que suggère, dans l'Évangile, la vision de ce roi enfant dans les bras de sa mère.
Les rois chez Isaïe et dans le Psaume, et les mages de l'Évangile, viennent de toute la terre, ou presque - disons : des pays lointains connus par les écrivains bibliques. « Épiphanie » vient d'un verbe grec qui signifie : « apparaître ». C'est la manifestation du Christ à tous les peuples de la terre, au moins en germe, symboliquement, comme une préfiguration de ce qui sera plus tard raconté dans le Livre des Actes des Apôtres, comme le commencement de la diffusion, au cours des siècles, de la Bonne Nouvelle. Plus encore, c'est l'annonce prophétique du Royaume de Dieu, apparaissant à la fin des temps, pour toutes les nations, les réunissant, dans le Christ Jésus, en un seul peuple, celui des enfants de Dieu.
Ajoutons maintenant la 2° lecture , le passage de saint Paul
Le « mystère » dont parle Paul, « c'est que les païens sont associés au même héritage, au même corps, au partage dela même promesse, dans le Christ Jésus, par l 'annonce de l'Évangile ». C'est bien ce que nous venons de voir, ce qui est prophétisé par Isaïe : « les nations marcheront vers ta lumière », c'est-à-dire les nations païennes, par opposition au peuple d'Israël ; c'est ce qu'annonce aussi le Psaume : « tous les pays le serviront », c'est ce qui commence avec les Mages venus d'Orient, c'est ce qui se réalise pleinement, après Pâques, quand la petite communauté des premiers disciples de Jésus, tous Juifs, va s'ouvrir aux non Juifs, et diffuser la foi chrétienne jusqu'aux extrémités de la terre.
Les Mages sont des super-païens, des païens puissance deux, car non seulement ils viennent de pays où on adore des dieux multiples et variés, mais leur profession est d'examiner les astres, pour en tirer des oracles, des augures - et dans « mage », il y a « magie ». Pour le peuple d'Israël, ferme sur son monothéisme au milieu de peuples polythéistes, ce qui touche aux astres est toujours suspect d'idolâtrie. Et pourtant ce sont les pratiques des Mages elles-mêmes qui leur ont ouvert le chemin vers Jésus, ce sont elles qui les guident dans leur quête. Ils viennent au Christ à partir de leur propre culture, tels qu'ils sont, même s'ils sont appelés à se convertir.
Justement parlons de l'étoile
A travers cette étoile qui se lève à la naissance de Jésus, nous comprenons que c'est tout le Cosmos, qui s'est mis en branle, qui s'est mise au service de cette naissance. Pas un grand bouleversement, pas des signes apocalyptiques, visibles d'un bout du monde à l'autre, mais le scintillement d'une étoile. Loin d'être des divinités, les étoiles sont soumises à Dieu, et comme le dit un autre texte biblique, « elles brillent joyeuses à leur poste de veille, et quand il les appelle, elles accourent en disant : nous
voici ! » (Livre de Baruch). Toute la Création sort des mains de Dieu, et à qui sait voir, elle désigne son Créateur, elle conduit vers lui.
Dans le texte d'Isaïe, le thème de l'étoile qui guide est comme annoncé par l'expression : « les nations marcheront vers ta lumière », il conduit au thème plus général de la lumière : la lumière de Dieu qui fait irruption dans nos ténèbres, comme nous l'avons déjà vu à Noël. « Regarde : l'obscurité recouvre la terre, les ténèbres couvrent les peuples ; mais sur toi se lève le Seigneur, et sa gloire brille sur toi. » Cette étoile que les Mages ont vu se lever, cette étoile qui brille dans la nuit, elle devient le symbole du Seigneur lui-même qui « se lève », qui est venu en ce monde pour illuminer toutes nos ténèbres.
Hérode
Cet Hérode dépeint par l'évangéliste correspond tout à fait à ce que nous savons du personnage historique, mais il représente aussi tous les tyrans à travers l'histoire, tous les potentats qui ont peur de perdre leur pouvoir et sont prêts à tout pour le garder.
Mais nous remarquons surtout que ce détour des Mages par Jérusalem les a conduits à faire un détour par les Écritures. A la demande d'Hérode, les « chefs des prêtres et les scribes » dénichent la prophétie de Michée, que nous avions comme première lecture le 4° dimanche de l'Avent (même si Matthieu se permet quelque liberté avec : allez voir !). Ils savent donc parfaitement où doit naître le Messie, ce qui nous révèle deux choses :
- La naissance de Jésus a été annoncée par les prophètes (d'accord, ce n'est plus un scoop, mais c'en était sûrement un au temps de saint Matthieu !)
- Ces chefs des prêtres, ces scribes, ne se dérangent pas pour aller voir. Qu'Hérode ne bouge pas et envoie les Mages comme agents secrets, on comprend encore. Mais eux, ce sont les chefs religieux de leur peuple, les spécialistes de la Parole de Dieu ! Que des païens viennent du bout du mode pour voir ce Messie, seulement sur la foi d'une étoile, ça ne les met pas en route à leur suite ; on n'a pas l'impression non plus qu'ils en rient, non, ça ne les intéresse pas. Après le pouvoir politique, Matthieu règle son compte au pouvoir religieux et à sa tendance à l'immobilisme.
Tant pis pour eux ! Après son éclipse passagère pour cours de Bible express, l'étoile est revenue. Les Mages ressentent en la voyant la même « joie » qu'annonçaient les Anges dans l'Évangile de la Nativité. Une joie mystérieuse, qui vient de l'intérieur, du plus profond d'eux-mêmes, car que voient-t-ils en réalité ? Guère plus que les bergers : une étoile qui a filé jusqu'à Bethléem pour faire le point fixe au-dessus d'une maison, un enfant et sa mère. C'est la foi seule qui les fait tomber à genoux et se prosterner, c'est dans la foi qu'ils reconnaissent en cet Enfant le Roi Messie annoncé par les prophètes, attendu par Israël et plus encore, car ce qui les a mis en chemin, c'est l'espérance d'un Dieu qui vient pour tous les hommes de la terre.
Avec l'aide du Saint-Esprit, se poser des questions sur soi en face de ces textes
Est-ce que j'ai un pouvoir, une domination quelconque sur autrui que j'aurais peur de perdre ?
Est-ce que ma foi en Dieu et ma pratique religieuse me mettent en marche ou me rendent un peu rigide ou figé dans mes habitudes ?
Quelle est mon étoile ? Qu'est-ce qui me guide sur la route de ma vie vers le Seigneur ?
Quels sont mon or, mon encens, ma myrrhe ? Quels trésors dans ma vie puis-je présenter à Jésus (il ne me les piquera pas !) ; quel est l'encens de ma prière ; quelles sont les amertumes, les tristesses, les misères, que je peux lui apporter en toute confiance, car il accepte tout et de tout il fera son Royaume ?
Bonne et sainte année à tous!
A bientôt.